Le musée du Louvre regorge de trésors. Parmi eux se trouve une toile du peintre Georges de La Tour : Le tricheur à l’as de carreau. Cette œuvre porte bien son nom puisqu’elle nous donne à voir un courtisan sur le point de perdre sa partie de jeu à cause… de la tricherie des autres joueurs ! Découvrons ensemble les multiples secrets que cache ce tableau.

Le chef d’oeuvre d’un artiste oublié

Le joueur de tennis Pierre Henri Landry, Paris, janvier 1927

     En 1926, un joueur de tennis du nom de Pierre Landry achète chez un antiquaire de l’île Saint Louis la toile d’un artiste inconnu à l’époque : le Tricheur à l’as de carreau de Georges de La Tour. C’est l’historien de l’art Hermann Voss qui rétablit la notoriété de ce peintre qui fut l’un des plus populaires de son temps.

     Alors qu’il est issu d’une famille de boulangers lorrains, Georges de la Tour décide de suivre des études d’art. Protégé par le duc de Lorraine, sa vie est celle d’un noble fortuné. Grâce à lui, il bénéficie de nombreux privilèges, comme par exemple d’être exempté d’impôts ! Mais le peintre est ambitieux et rêve de faire carrière à la Cour.

     C’est ainsi que Georges de La Tour devient en 1639 le peintre ordinaire du roi Louis XIII. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il commence à signer ses toiles, comme le désormais fameux Tricheur à l’as de carreau. Ce statut est un véritable tremplin pour sa carrière. Son succès est tel que la Cour s’arrache ses toiles. Louis XIII va même jusqu’à lui accorder un appartement au sein du palais du Louvre !

Saint Jude Thaddée - Georges de La Tour, vers 1620

La sombre histoire cachée derrière le tableau

Le tricheur à l'as de carreau, Georges de La Tour - vers 1635

     Cette toile nous raconte une sombre histoire : un jeune noble naïf va se faire plumer par des tricheurs aguerris… Le crime se déroule lors d’une partie de jeu, activité alors très populaire au sein de la noblesse française. L’enjeu est important : vous pouvez voir les pièces d’or posées sur la table.

Le tricheur à l'as de carreau - les pièces d'or - détail d'un tableau de Georges de La Tour

     Au centre de l’œuvre se trouve une courtisane richement parée qui a probablement entraîné le jeune noble dans cette partie. Elle regarde du coin de l’œil la servante en train de servir du vin. La direction de sa main droite amène naturellement le regard du spectateur vers l’homme qui se trouve à la gauche du tableau. Vous l’avez peut-être identifié : c’est lui le tricheur ! Moins bien habillé que les autres, ce personnage a caché deux as dans sa ceinture et est en train de tirer l’as de carreau pour l’introduire dans son jeu afin de s’assurer la victoire.

     Venons-en au dernier personnage de la scène situé à droite de la composition : le jeune naïf. Par sa tenue richement ornée, nous comprenons immédiatement que ce jeune noble fortuné est le dindon de la farce qui se joue. La composition du tableau fait apparaître son isolement face à ceux qui ont décidé de le détrousser : alors que les trois autres personnages forment un groupe uni et solidaire (vous pouvez observer les détails de superposition entre les trois participants, comme la main de la servante), la victime, elle, est totalement détachée des autres personnages. Cet isolement est encore renforcé par son attitude, entièrement tournée vers son jeu.

Le tricheur à l'as de carreau - la superpostion des personnages - détail d'un tableau de Georges de La Tour

     La scène qui se joue est accentuée par les jeux de regards. Le naïf est le seul personnage qui semble absorbé par le jeu. La courtisane, elle, arbore un air méfiant et regarde en biais la servante. Les historiens de l’art ont longtemps débattu sur la position de la courtisane : a-t-elle des soupçons de tricherie envers les autres personnages ? ou est-ce un regard complice incitant la servante à servir une coupe de vin au jeune noble pour troubler encore plus sa perception ?  Les historiens semblent toutefois pencher en majorité vers cette deuxième hypothèse

Le tricheur à l'as de carreau - la courtisane - détail d'un tableau de Georges de La Tour

     La position de la servante, elle, ne fait aucun doute. Son regard est directement tourné vers la victime : elle le surveille de sorte qu’il ne s’aperçoive de rien. Enfin, le tricheur est le seul personnage à regarder vers le spectateur et semble lui montrer directement son jeu, le rendant ainsi complice de son crime.

Le tricheur à l'as de carreau - le naïf - détail d'un tableau de Georges de La Tour

Le tricheur à l’as de carreau, un plagiat ?

Les Tricheurs, Caravage, 1595

     Le tricheur à l’as de carreau est souvent mis en parallèle avec une autre œuvre, Les Tricheurs du Caravage. Le choix du thème par de La Tour n’est pas anodin et renvoie directement à son prédécesseur (la toile du Caravage date de 1595), dont il est un grand admirateur.

     Quelles sont les similitudes entre les deux tableaux ? Les deux peintres ont choisi de représenter une scène de tricherie lors d’une partie de prime, l’ancêtre du poker. Dans les deux cas, la victime est un jeune naïf argenté et le tricheur dissimule deux as dans son dos, tout en tirant l’as de carreau afin de le jouer. Enfin, les deux tricheurs bénéficient d’un complice dans la scène, créant ainsi une atmosphère de connivence qui inclut le spectateur.

     De La Tour aurait donc copié le Caravage ? Pas exactement. Malgré une inspiration évidente, Le tricheur à l’as de carreau se distingue de l’œuvre du Caravage par de nombreux points. Tout d’abord, la méthode de triche : chez le Caravage, le complice se penche par-dessus l’épaule de la victime et indique son jeu grâce à des signes de la main.

     Autre différence dans la composition : les personnages. Le Caravage a choisi de représenter trois personnages masculins, contrairement au tableau de de La Tour qui comporte deux femmes et deux hommes. Le tricheur à l’as de carreau a ainsi une vocation moraliste plus affirmée que l’œuvre du Caravage. En effet, la scène dépeinte dans le tableau de de La Tour réunit à elle seule les trois tentations majeures du XVIIème siècle : le jeu, le vin et la luxure avec la présence de la courtisane.

     Cette toile du Louvre renferme donc une multitude de significations cachées, dont beaucoup restent encore à découvrir. Si cette analyse picturale vous a plu, cliquez sur ce lien pour découvrir en vidéo les secrets d’un autre tableau : L’Absinthe de Degas !

Les Découvreurs, késako ?

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