Le cachet architectural de Paris doit beaucoup aux immeubles haussmanniens qui bordent les longues avenues de la capitale. Ils apparaissent entre les années 1852 et 1870 alors que Napoléon III demande au baron Haussmann de remettre la ville au goût du jour. Les ruelles entremêlées, propices à la construction de barricades et les pâtés de maisons insalubres font place à de grands boulevards rectilignes et pleins de verdure.

A quoi reconnaît-on un immeuble haussmannien ?

L'architecture de Paris entre 1853 et 1870

     Il faut savoir que l’architecture de Paris évolue très peu jusqu’aux travaux d’Haussmann, entrepris à la fin du 18ème siècle. Jusque-là, la majorité des bâtiments sont hérités du Moyen-Age avec quelques hôtels particuliers plus récents éparpillés dans la capitale.

     Pour comprendre pourquoi certains quartiers parisiens sont jugés insalubres à l’époque de Napoléon III, il faut imaginer un Paris dont l’architecture date du Moyen-Age. Les maisons sont collées les unes aux autres dans des ruelles très étroites et sont faites de pierre. Elles ne sont pas très hautes, avec un rez-de-chaussée qui sert de boutique et un étage qui s’avance au-dessus de la rue afin d’augmenter la surface du logement. Ce logement est souvent constitué d’une seule pièce qui sert à la fois de cuisine, de salle à manger et de chambre ! Seuls les plus chanceux ont le droit à une chambre séparée, qui est partagée par tous les occupants.

     Les hôtels particuliers parisiens sont un peu plus récents. Construits sur plusieurs étages, ils disposent d’une façade joliment décorée de motifs végétaux ou animaux, un témoignage de la richesse de leur propriétaire. Ils sont facilement repérables à leurs grandes fenêtres, bien différentes de celles des maisons médiévales.

     Sous Haussmann, les immeubles parisiens connaissent un véritable renouveau, avec l’apparition de trois nouveaux types d’immeubles :

  • Le premier est composé d’un rez-de-chaussée surmonté de quatre étages desservis par un large escalier richement décoré. Les étages supérieurs sont eux accessibles depuis un escalier de service. Dernier signe du statut de certains de ses occupants, la cour de l’immeuble possède non seulement des remises mais aussi des écuries!
  • Le deuxième type est semblable au premier, avec un étage supplémentaire.
  • Beaucoup moins luxueux que les deux premiers, le dernier immeuble est construit sur 5 étages et possède des appartements plus petits desservis par un seul escalier. On le distingue des autres par sa façade qui est moins ornementée et sans balcons.

     La construction de ces immeubles haussmanniens est régie par deux mots d’ordre : taille et alignement.

     Ils se distinguent des anciens immeubles de la capitale d’abord par leur hauteur. Les rues élargies en grands boulevards permettent aux immeubles de passer de 5-7 mètres de hauteur à 20 mètres ! Leur façade est imposante et uniforme grâce à l’utilisation de gros blocs de pierre de taille (pierres dont les faces sont identiques). Cet usage est possible grâce à la modernisation des techniques de taille mais surtout grâce à l’apparition de moyens de transport qui permettent leur acheminement à moindre coût.

     Les grandes fenêtres aux proportions identiques contribuent à l’impression d’ordre qui se dégage de ces immeubles. On note également l’apparition des volets métalliques, qui créent une façade parfaitement plane et des balcons filants au 2ème et au 5ème étage, qui longent l’ensemble du bâtiment côté avenue.

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L’immeuble haussmannien, un reflet de la société du 19ème siècle

Intérieur bourgeois au 19ème siècle - Edgar Degas

     Au-delà d’un simple style architectural, l’immeuble haussmannien est le reflet de la société de l’époque. Au contraire des anciens hôtels particuliers qui étaient habités par un seul propriétaire, l’immeuble haussmannien est construit par un propriétaire, qui le subdivise en plusieurs logements qu’il loue par la suite. Plusieurs catégories sociales habitent donc l’immeuble, réparties sur les différents étages.

     Le rez-de-chaussée et le premier étage, aussi nommé entresol, sont occupés par des commerces. Dans les quartiers bourgeois de Paris, ces commerces sont remplacés par le logement de la concierge et les communs, les quartiers des domestiques.

     Les premiers étages sont réservés aux classes les plus aisées, comme la bourgeoisie. Cette répartition s’explique par l’absence d’ascenseur, qui n’apparaît qu’au cours du 20ème siècle. Les logements à ces étages bénéficient d’une belle hauteur de plafond, d’une façade plus ornée et ont au moins six pièces. On y retrouve les balcons, qui permettent une meilleure isolation du bruit de la rue tout en augmentant la superficie de l’appartement.

    Plus on monte dans les étages, moins les habitants sont fortunés. C’est pourquoi les 3ème et 4ème étages, moins accessibles, sont réservés à la moyenne bourgeoisie (qui a quand même des balcons 😉). Tout en haut, dans les combles, on trouve les domestiques des habitants des étages inférieurs. Ils logent dans des petites pièces basses de plafonds, leur donnant le nom de « chambres de bonnes ».

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L’immeuble haussmannien devient la muse de ses contemporains

Les habitants de l'immeuble haussmannien

     Du fait de cette répartition sociale, l’immeuble haussmannien est l’un des sujets préférés de ses contemporains. Il est largement évoqué dans la littérature, que ce soit dans les pamphlets ou dans les romans. Parmi ces écrivains, on trouve Emile Zola qui nous livre une description de l’immeuble haussmannien (et en même temps de sa société) criante de vérité.

     Dans Pot-Bouille, roman paru en 1882, Octave Mouret vient d’arriver à Paris et visite l’immeuble (haussmannien bien sûr) dans lequel il va occuper une petite chambre de bonne. Dès son entrée dans le hall, il est frappé par son luxe et par la richesse de l’escalier :

« Le vestibule et l’escalier étaient d’un luxe violent. En bas, une figure de femme, une sorte de Napolitaine toute dorée, portait sur la tête une amphore, d’où sortaient trois becs de gaz, garnis de globes dépolis. Les panneaux, de faux marbre, blancs à bordures roses, montaient régulièrement dans la cage ronde ; tandis que la rampe de fonte, à bois d’acajou, imitait le vieil argent, avec des épanouissements de feuilles d’or. Un tapis rouge, retenu par des tringles de cuivre, couvrait les marches. Mais ce qui frappa surtout Octave, ce fut, en entrant, une chaleur de serre, une haleine tiède qu’une bouche lui soufflait au visage,
— Tiens ! dit-il, l’escalier est chauffé ?
— Sans doute, répondit Campardon. Maintenant, tous les propriétaires qui se respectent, font cette dépense… La maison est très bien, très bien…
Il tournait la tête, comme s’il en eût sondé les murs, de son œil d’architecte.
— Mon cher, vous allez voir, elle est tout à fait bien… Et habitée rien que, par des gens comme il faut ! »

 

     Au fur et à mesure des étages, le propriétaire de l’immeuble énumère à Octave les locataires, ce qui permet à l’auteur de montrer la stratification sociale de l’immeuble :

« Alors, montant avec lenteur, il nomma les locataires. A chaque étage, il y avait deux appartements, l’un sur la rue, l’autre sur la cour, et dont les portes d’acajou verni se faisaient face. D’abord, il dit un mot de M. Auguste Vabre : c’était le fils aîné du propriétaire ; il avait pris, au printemps, le magasin de soierie du rez-de-chaussée, et occupait également tout l’entresol. Ensuite, au premier, se trouvaient, sur la cour, l’autre fils du propriétaire, M. Théophile Vabre, avec sa dame, et sur la rue, le propriétaire lui-même, un ancien, notaire de Versailles, qui logeait du reste chez son gendre, M. Duveyrier, conseiller à la cour d’appel.
— Un gaillard qui n’a pas quarante-cinq ans, dit en s’arrêtant Çampardon, hein ? c’est joli !
Il monta deux marches, et se tournant brusquement, il ajouta :
— Eau et gaz à tous les étages.
Sous la haute fenêtre de chaque palier, dont les vitres, bordées d’une grecque, éclairaient l’escalier d’un jour blanc, se trouvait une étroite banquette de velours. L’architecte fit remarquer que les personnes âgées pouvaient s’asseoir.’ Puis, comme il dépassait le second étage, sans nommer les locataires :
— Et là ? demanda Octave, en désignant la porte du grand appartement.
— Oh ! là, dit-il, des gens qu’on ne voit pas, que personne ne connaît… La maison s’en passerait volontiers. Enfin, on trouve des taches partout… Il eut un petit souffle de mépris.
— Le monsieur fait des livres, je crois.
Mais, au troisième, son rire de satisfaction reparut. L’appartement sur la cour était divisé en deux : il y avait là madame Juzeur, une petite femme bien malheureuse, et un monsieur très distingué, qui avait loué une chambre, où il venait une fois par semaine, pour des affaires. […]

— Vous aurez d’excellents voisins, dît Gainpardon; qui avait reparu avec la clef,: sur la rue, les Josserand, toute une famille, le père caissier à la cristallerie Saint-Joseph, deux filles à marier ; et, près de vous, un petit ménagé’ d’employé, les Pichon, des gens qui ne roulent pas sur l’or, mais d’une éducation parfaite… Il faut que tout se loue, n’est-ce-pas ? même dans une maison comme celle-ci. »

 

     Alors qu’il est sur le point d’arriver au dernier étage de l’immeuble, Octave remarque que l’escalier se simplifie, car les habitants font désormais partie des classes plus populaires :

« A partir du troisième, le tapis rouge cessait et était remplacé par une simple toile grise. Octave en éprouva une certaine contrariété d’amour propre. L’escalier, peu à peu, l’avait empli de respect ; il était tout ému d’habiter une maison si bien, selon l’expression de l’architecte. Comme il s’engageait, derrière celui-ci, dans le couloir qui conduisait à sa chambre, il aperçut, par une porte entr’ouverte, une jeune femme debout devant un berceau. Elle leva la tête, au bruit. Elle était blonde, avec des yeux clairs et vides ; et il n’emporta que ce regard, très distinct, car la jeune femme, tout d’un coup rougissante, poussa la porte, de l’air honteux d’une personne surprise. Campardon s’était retourné pour répéter :
— Eau et gaz à tous les étages, mon cher.
Puis, il montra une porte qui communiquait avec l’escalier de service. En haut étaient les chambres de domestique. »

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     Le personnage d’Octave Mouret est d’autant plus intéressant à suivre pour le lecteur qu’il devient dans un autre roman de Zola le directeur du grand magasin Au bonheur des dames. Cela lui confère le statut lui permettant de redescendre les étages de l’immeuble haussmannien et d’accéder aux logements réservés à la bourgeoisie ! D’ailleurs, si vous souhaitez découvrir la fabuleuse histoire des grands magasins, vous pouvez vous inscrire à notre visite guidée dans le 3ème arrondissement de Paris ! 😉

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