Tour à tour symbole de féminité et d’oppression de la femme, le corset n’a cessé de faire parler de lui au cours de sa longue histoire. Mais savez-vous quand est-ce qu’il est apparu ? Pourquoi avons-nous décidé de porter cet instrument souvent associé à une torture ? C’est ce que nous allons découvrir ensemble en nous penchant sur l’histoire d’une mode qui a traversé les siècles…

Mais d’où vient le corset ?

Du corset à la gaine, histoire de la mode du corset - dessins

     Pourquoi inventer un vêtement qui contraint le corps de la femme ? C’est là que le dicton « il faut souffrir pour être belle » prend tout son sens !

     La première forme de corset apparaît dès l’Antiquité chez les Grecs et les Romains dont les sociétés sont connues pour leur amour de la perfection, y compris physique. Le but des élégantes est alors de soutenir leur poitrine et de maintenir leur taille tout en l’amincissant. Une autre raison, moins connue et plus pratique, est d’utiliser cet accessoire de mode en guise de poche, afin d’y mettre ses objets précieux ou intimes : lettres, souvenirs…

     Tout au long de son histoire, le corset va conserver cet unique but : embellir la femme, même si les vertus invoquées vont varier. Le corset va ainsi corriger la posture ou une déformation de la colonne vertébrale, mettre en valeur la poitrine, serrer le buste et affiner la taille… Il est donc utilisé pour dissimuler ou corriger la silhouette de la femme. Au 19ème siècle, cet accessoire de mode est devenu incontournable et l’usage médical du corset pour traiter la scoliose est éclipsé par le goût de la Belle Epoque pour les tailles de guêpe et une cambrure (très) marquée.

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Le corset : une mode qui traverse les âges

Différents corsets 1900

     Pour arriver jusqu’à aujourd’hui, le corset a dû s’adapter à de nombreuses époques et modes, occasionnant de nombreuses transformations.

     Les premiers corsets sous l’Antiquité portent différents noms. Par exemple, le fascia désigne une bande de tissus ou une ceinture que les femmes mettent sous leur poitrine pour la soutenir. Cette bande prend par la suite le nom de ceste (cf ci-dessous) et s’enroule alors autour de la poitrine ou des hanches, par-dessus ou sous les vêtements. L’objectif est alors d’effectuer une pression sur la poitrine pour stopper son développement.

Fascia antique, d'après une statue romaine

     Jusqu’à la fin du Moyen-Age, le corset évolue peu. En effet, les gens du Moyen Âge portent une attention moindre à l’apparence physique et aux vêtements. Des rois comme Saint-Louis préconisent d’ailleurs une grande simplicité dans l’habillement.

Busc corset en fer

     Ce n’est qu’au 14ème siècle qu’Isabeau de Bavière insuffle un véritable vent de nouveauté dans la mode féminine : on abandonne les tuniques qui servaient jusqu’alors de robes, on découvre la poitrine et on serre la tenue juste en dessous de cette dernière afin de la soutenir (cf ci-dessus). Le corset devient alors un vêtement proche du corps, serré par des lacets sur le devant ou dans le dos.

Le Vertugadin - 16ème siècle

     Tout change à la Renaissance, avec l’apparition de la basquine espagnole (parfois appelée buste), un corset en fil ou en forte toile. Sur le dessus de la basquine se trouve le busc (cf ci-dessus) qui est composé de lames en bois ou en métal afin d’obliger les dames à se maintenir droites. En Italie, la basquine devient le corps piqué, qui se porte sur le vêtement et se lace par derrière.

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Le Vertugadin - 16ème siècle

     C’est Marie de Médicis qui introduit en France le corps piqué en opérant quelques aménagements. Le corset piqué est désormais plus sobre (cf. photo ci-dessus). Mais pourquoi ces changements ? Tout simplement parce qu’il était interdit de porter de riches accessoires à la cour de France. Exit les corsets visibles brodés d’or et d’argent et parés de joyaux et bienvenue au vertugadin. Cette nouvelle version du corset piquet donne une allure tellement grotesque qu’il est surnommé « fausse panse ». Ample à la taille et pointant vers l’avant, ce corset forme une protubérance disgracieuse et donne l’impression que l’estomac déborde… Heureusement pour les coquettes, cette horreur disparaît à la mort de la souveraine et le corset reprend une forme plus traditionnelle et près du corps.

Corset 17ème siècle

     L’évolution suivante a lieu au cours du 17ème siècle avec l’apparition des justaucorps (cf ci-dessus). Ce vêtement s’allonge de manière à s’ajuster en haut ou en bas de la silhouette, selon ce que l’on veut cacher. Une version pour les femmes enceintes, se laçant sur les côtés, apparaît également.

     Une nouvelle forme de corset apparaît sous Louis XV : le corps (cf ci-dessus).  Avec le corps, la forme devient très échancrée et le corset se porte très serré, occasionnant ainsi un débordement de poitrine, parfois disgracieux. Voltaire lui-même se serait moqué ainsi d’une élégante très fière – à tort – de son décolleté :

     Une dame d’un certain âge, se croyant toujours jeune, parut un jour devant Voltaire munie d’un corps assez échancré sur le devant. Comme le spirituel railleur l’examinait de très près, elle s’écria : « Eh ! est-ce que M. de Votaire songerait encore à ces petits coquins ? — Petits coquins ! risposta-t-il ; petits coquins ! dites donc ces grands pendards. » (anecdote relatée par Ernest Leoty dans Le corset à travers les âges)

     C’est à ce moment-là qu’est créée la corporation des « tailleurs de corps de femmes et d’enfants », des tailleurs spécialisés dans la conception des sous-vêtements (pour en savoir plus sur le métier de tailleur, voici une petite vidéo explicative 😊).

L'évolution du corset de 1799 à 1801

     Après la Révolution, on retrouve une certaine simplicité du vêtement, inspirée de l’Antiquité. On reprend donc les bandes utilisées des siècles plus tôt et on les renomme zona (cf ci-dessus, figure 2). La zona se porte haut sur la robe, ses bords évasés permettant de soutenir la poitrine.

     Mais la mode du corset atteint véritablement son apogée au 19ème siècle, qui est un peu « l’âge d’or » du corset. Le corset s’allonge de nouveau, en haut et en bas. Plus sa popularité augmente, plus on le porte serré, grâce à un laçage dit « à la paresseuse » qui permet au corset d’épouser la taille, la poitrine et les hanches. Ce laçage, qui resserre un peu plus le vêtement, peut paraître beaucoup plus contraignant mais il rend en réalité ce dernier beaucoup plus agréable à porter.

     Le corset redevient rapidement à la mode sous le Consulat, bien que sa forme se modifie une nouvelle fois (cf ci-dessus). Il devient beaucoup plus court, de manière à s’arrêter sous la poitrine tout en enveloppant le ventre et les hanches. Il se raccourcit de nouveau à la fin du Ier Empire, du bas cette fois-ci. On insère également des baleines souples qui maintiennent les seins écartés : les « divorces » (un nom plutôt bien trouvé, n’est-ce pas ?).

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Le corset, un accessoire diabolique ?

     De nos jours, rares sont celles qui portent un corset pour des raisons autres que médicales. En effet, il a été peu à peu abandonné à partir du 20ème siècle. Aujourd’hui, il apparaît surtout comme un instrument diabolique qui a torturé la gente féminine pendant des siècles et des siècles. Entre raisons scientifiques et clichés infondés, pourquoi le corset a-t-il connu une telle déchéance ?

     Les voix s’élevant contre le corset ne sont pas apparues récemment. On pense que le corset est dangereux pour la santé dès le règne d’Henri III, au 16ème siècle. Les médecins l’accusent de tous les maux : douleurs causées par l’oppression de la poitrine, maladies respiratoires, déformation des côtes et de la colonne vertébrale, fausses couches… On ne pense bien évidemment pas à l’époque que des remèdes comme la saignée peuvent être bien pire que le port de ce vêtement (d’ailleurs, nous vous proposons cette petite vidéo sur la théorie des humeurs qui a fondé la médecine occidentale pendant très longtemps).

     Chaque opposition appelant une réaction, le corset a toujours été l’objet de nombreux débats. Pour n’en garder qu’un, penchons-nous sur les réponses apportées en 1770 par Reissier l’aîné, tailleur de corps allemand établi à Lyon. Dans son essai, il explique que les éventuels problèmes de santé causés par le corset ne sont pas dus à l’accessoire lui-même mais sont le fruit d’une mauvaise confection ou d’une mauvaise utilisation. Il déconseille ainsi le port du corset aux femmes ayant un fort embonpoint mais aussi de le serrer trop fort, la taille ne pouvant s’amincir que jusqu’à un certain degré.

     Par ailleurs, les corsets ont été à l’origine de nombreux clichés.

     Cliché n°1 : les femmes de la Belle Epoque avaient toutes des tailles de guêpe (cliquez ici pour tout savoir sur la mode de cette époque 😉). En réalité, cette époque voit passer toutes sortes de tailles (voyez celle de la reine Victoria) et peu de femmes portent leur corset très serré. Le job du corset n’est pas vraiment d’amincir la taille mais bien de créer une silhouette harmonieuse en aidant le vêtement à retomber élégamment sur le corps.

     Cette idée préconçue vient du fait que les vêtements sont exposés dans les musées. Mais ce à quoi l’on ne pense pas, c’est que tous ces vêtements qui ont traversé les âges sont des vêtements que leurs propriétaires voulaient sciemment garder, comme par exemple les robes de mariée (qui ne se portent généralement pas à 50 ans et après plusieurs grossesses). Les vêtements exposés dans les musées sont donc des vêtements conçus pour des jeunes femmes qui avaient encore naturellement la taille fine ! Cette impression de finesse de la taille est encore accrue par les conditions de conservation des vêtements dans les musées : le tissu étant une matière organique, il résiste mal au temps et a tendance à « rétrécir ».

     Cliché n°2 : les corsets étaient portés par des jeunes filles. Nous avons conservé de nombreuses robes et corsets de l’époque. Et quand on les étudie attentivement, on se rend compte que ce sont des tailles de femmes et non de jeunes filles. La plupart des corsets appartenaient donc à des femmes et les filles n’étaient pas (encore) concernées par ce carcan !

Femme avec un vélo dans les années 1890

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     Cliché n°4 : En bonus, nous allons finir par une légende macabre qui a longtemps alimenté l’histoire du corset. Il est souvent dit que les femmes portant des corsets voulaient tellement maigrir qu’elles se faisaient enlever des côtes ! Pour rappel, l’anesthésie n’apparaît qu’à la fin des années 1840… Cette pratique n’est donc pas très courante à l’époque et la mémoire commune n’a retenu que quelques exceptions de femmes prêtes à tout pour être minces.

     Cliché n°3 : les femmes qui portent des corsets s’évanouissent tout le temps. Ce cliché est en fait entretenu par la médecine de l’époque, sans être forcément rattaché au corset. La preuve en est des nombreuses photos de femmes corsetées faisant du vélo ou tout simplement des récits relatant les bals, durant lesquels elles participaient pleinement aux plaisirs de la danse ! Ce mythe erroné a d’ailleurs conforté l’image de la femme faible, qui a besoin d’une société patriarcale pour la protéger

     L’histoire du corset a donc pour objectif l’embellissement de la silhouette féminine, même si l’image que nous avons désormais du corset est plutôt celle d’un objet déformant et maltraitant le corps. Malgré cela, le corset continue d’inspirer les plus grands noms de la mode et il est aujourd’hui redevenu l’incarnation de la féminité. Si vous souhaitez approfondir le sujet et découvrir qui a imaginé et fabriqué cet accessoire de monde au cours des siècles, voici une petite vidéo de notre cru !

Les Découvreurs, késako ?

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