Le Covid-19 n’est pas la seule épidémie à avoir touché Paris. Entre ses habitants qui partagent une vision particulière de l’hygiène et son urbanisme qui n’a pas changé depuis le Moyen-Age… Paris est le terrain de jeu rêvé pour toutes les épidémies possibles et inimaginables ! Retour sur les pires d’entre elles…

3 grandes épidémies ayant dévasté Paris

L'hôtel de ville de Marseille pendant a peste de 1720 - Michel Serre

     Les épidémies ont été nombreuses à secouer la France et sa capitale. Trois d’entre elles ont cependant particulièrement marqué l’histoire.

     Venue d’Extrême-Orient en empruntant la route de la soie, la peste fait partie des maladies les plus mortelles de l’Ancien Régime. L’épidémie de peste la plus meurtrière a lieu au Moyen-Age en 1348 : c’est la Grande Peste ou Peste Noire. Il faut savoir qu’à cette époque, le mot « peste » est utilisé pour désigner toutes les maladies existantes et que beaucoup d’épidémies de « peste » sont en réalité liées à d’autres maladies. La peste ne sera formellement identifiée et théorisée qu’en 1894 par le médecin Alexandre Yersin.

     Il n’en reste pas moins que la Grande Peste de 1348 est bien une épidémie de peste. On estime que 30% à 50% de la population européenne périt en seulement trois ans. Paris n’est pas épargnée et perd entre 50 000 et 80 000 de ses habitants. Son cimetière principal, celui des Saints-Innocents, reçoit tellement de morts que la capitale doit en construire un nouveau, le cimetière de la Trinité. La peste est donc à l’origine des épidémies les plus meurtrières de notre histoire. Comble du comble : elle ne disparaît qu’en 1920…

Gare la vaccine, triomphe de la petite vérole

     Plus qu’une épidémie, la petite vérole (aujourd’hui connue sous le nom de variole) est le fléau du 18ème siècle. Elle décime régulièrement les différentes capitales européennes et laisse leurs habitants défigurés, quand ils y survivent.

     Cette maladie est d’autant plus inquiétante qu’elle se propage rapidement chez les enfants et n’épargne personne. Elle frappe autant dans les milieux populaires que dans les salons de la noblesse. Ainsi, de grandes personnalités de l’histoire contractent la variole. Louis XIV, par exemple, l’attrape alors qu’il n’a que neuf ans.

     La population française est durement touchée et voit périr 50 000 à 80 000 habitants chaque année. Rien que pendant l’année 1714, Paris perd 14 000 habitants ! Les épidémies de petite vérole restent donc parmi les plus redoutées jusqu’à l’invention d’un vaccin par l’Anglais Edward Jenner au 19ème siècle.

Le choléra à Paris - J. Roze, gravure, 1832

      La dernière épidémie dont nous allons parler a durement touché Paris. Après avoir ravagé l’Europe pendant deux ans, le choléra arrive dans le nord de la France en 1832 et se propage rapidement jusqu’à Paris. La capitale paie un lourd tribut pendant l’épidémie : 18 000 parisiens décèdent en l’espace de six mois.

     Le premier cas est détecté à l’Hôtel Dieu mais la maladie s’étend bientôt à tous les quartiers de la capitale, touchant certains plus que d’autres. La rue de la Mortellerie perd ainsi 304 de ses 4 688 occupantsSimple coïncidence ou influence prophétique du nom de la rue sur le destin de ses habitants ? Si les contemporains n’ont pas tranché la question, ils ont tout de même décidé de la renommer rue de l’Hôtel de Ville. Au cas où.

     Cette épidémie est d’autant plus singulière qu’elle se double d’une véritable chasse aux empoisonneurs, que l’on accuse d’avoir répandu la maladie, alors que la « peur bleue » (du nom de l’un des symptômes du choléra, qui fait devenir la peau bleue) s’empare de la capitale.

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Paris, une ville désuète

Plan de Trushet et Hoyau - Hôtel-Dieu de Paris et la cathédrale Notre-Dame - 1550

     Alors que les épidémies ont progressivement disparu dans les capitales européennes, elles ont continué à sévir à Paris jusqu’à très tard. Mais pourquoi la capitale française a-t-elle été aussi propice à la propagation de ces maladies ?

     Tout d’abord, parce qu’une épidémie est un phénomène souvent urbain. Les villes, et a priori encore plus les capitales, ont des populations particulièrement élevées et denses, ce qui favorise fortement la contagion. Par exemple, Paris compte 500 000 habitants au 18ème siècle et sa population vit souvent entassée dans des quartiers et des logements insalubres. Ces derniers sont un autre facteur de propagation d’une épidémie. Beaucoup de logements parisiens sont par exemple dotés de caves mal isolées dans lesquelles on trouve de l’eau stagnante. Enfin, la ville a conservé son urbanisme du Moyen-Age et donc la promiscuité de ses bâtiments, ce qui favorise la contagion entre leurs habitants.

     La capitale connaît également un problème de propreté lié à l’évacuation des déchets. Ce n’est qu’au 19ème siècle que Paris se dote d’un système d’égouts véritablement efficace (pour tout savoir sur l’histoire des égouts parisiens, c’est par ici 👈). En attendant, les Parisiens se débarrassent de leurs déchets en les jetant tout simplement par leurs fenêtres, où ils stagnent jusqu’à ce que l’on décide de faire un peu de ménage dans la rue. Et ce ménage n’arrive que lors des grandes occasions, comme les processions royales, autant dire pas souvent…

     Le dernier facteur de propagation des épidémies est lié à l’hygiène de la population et à la manière dont les malades sont soignés à Paris. L’hygiène très rudimentaire de l’époque s’explique par la méconnaissance des microbes et de leurs moyens de propagation par les médecins. Ainsi, on pense pendant longtemps que les maladies sont liées aux humeurs du corps (sang, bile jaune, bile noire et phlegme) mais également à l’eau, qui transporte les maladies. Cela explique pourquoi Paris ne compte que 27 bains publics pour 200 000 habitants en 1290 !

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Comment soigner Paris ?

Dessin anatomique du corps humain montrant la circulation sanguine - vers 1292

     Bien évidemment, dès qu’une épidémie touche Paris, les gouvernants et les médecins cherchent à l’endiguer et à traiter les patients. Mais nous allons voir que les solutions trouvées sont souvent rudimentaires voire inefficaces.

Médecin pendant la Grande Peste, gravure sur cuivre, 1656

     Au Moyen-Age, on pense qu’une épidémie est une punition divine qu’il est donc difficile voire impossible d’empêcher. C’est pourquoi le premier remède est religieux, avec la menée de processions ou de pèlerinages. Lors des épidémies de peste, on va même jusqu’à mener une chasse contre les juifs, que l’on accuse d’avoir empoisonné les puits. En parallèle, on fait appel à la médecine. Celle-ci est basée sur la notion de miasme : selon les contemporains, le miasme est une odeur qui circule dans l’air et indique la présence des maladies. Les traitements préconisés peuvent recommander de faire attention à la direction du vent ou de s’éloigner de tout endroit libérant des vapeurs comme… les bains ! On conseille également d’imprégner ses vêtements de plantes aromatiques, qui sont censées protéger contre la maladie.

     Durant les siècles suivants, la médecine reste rudimentaire et se base principalement sur le traitement des humeurs (cliquez ici pour savoir ce que sont les humeurs) avec des remèdes comme la saignée.

     La grande avancée a lieu au 19ème siècle avec le courant hygiéniste. Ce courant prône la « bonne vie » à travers une hygiène corporelle améliorée (avec les « bains-douches » par exemple) ainsi qu’une hygiène morale particulière. Les hygiéniste préconisent d’aller prendre l’air dans les jardins publics, de ne pas consommer d’alcool mais aussi de se mettre au sport. On assiste à un renouveau des hôpitaux – qui étaient jusqu’à présent des mouroirs plutôt que des lieux de traitement – avec la construction d’hôpitaux destinés aux plus pauvres. Il reste toutefois de nombreux problèmes liés à l’urbanisme de Paris qui favorise largement le développement des épidémies. On trouve bien quelques subterfuges, comme tirer au canon à blanc sur les quartiers les plus touchés afin de faire circuler l’air, mais c’est loin d’être suffisant…

Avenue de l'Opera et ses immeubles haussmanniens - Camille Pissaro, peinture

     C’est avec les grands travaux de réhabilitation de la capitale entrepris par Haussmann que la récurrence des épidémies parisiennes chute fortement. La destruction des anciens taudis mal construits et aérés permet de construire de grandes avenues, avec des immeubles bien espacés entre eux et de nombreux espaces verts. Dernière innovation et pas des moindres : la mise en place des égouts parisiens par Eugène Belgrand (pour savoir qui est Eugène Belgrand, c’est ici), qui permettent d’évacuer rapidement les déchets des habitants.

     Comme vous avez pu le constater, les épidémies sont inscrites depuis bien longtemps dans l’histoire de Paris. Et elles ont en partie contribué à dessiner le Paris d’aujourd’hui ! Si vous voulez aller plus loin, voici une petite vidéo sur la théorie des humeurs et la manière dont elle a dominé la médecine occidentale pendant de nombreux siècles !

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Les Découvreurs, késako ?

Nous proposons des activités culturelles insolites pour découvrir les trésors patrimoniaux cachés de Paris et de la région Île-de-France :

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