Nous les oublions souvent, pourtant nous les utilisons tous les jours et ils ont inspiré de nombreux auteurs (dont un certain Hugo, Victor pour les intimes). C’est parti pour une petite histoire des égouts de Paris ! Nous allons vous faire frissonner… de dégoût ! 😉

Les égouts de Paris au XVIème siècle

     Si vous viviez au XVIème siècle, vous pourriez jeter tous vos déchets (je dis bien tous) directement par votre fenêtre et ils seraient ramassés plus tard pour être transportés en dehors de Paris. A cette époque, la ville ne possède qu’un seul égout : « le grand égout découvert » dixit la Seine ! Mais le dénivelé du lit du fleuve n’est pas assez important pour permettre l’évacuation des eaux sales, conduisant à de nombreux encombrements. Les Parisiens sont ravis de marcher dans ces eaux qui non seulement sont destinées aux déchets humains mais également au sang et aux tripes rejetés par les boucheries !

     Bon, il faut reconnaître une première innovation en 1533, avec un décret qui oblige tous les propriétaires à équiper leur logement des dernières toilettes à la mode : les latrines. Mais ce n’est qu’en 1852 qu’elles sont reliées aux égouts de Paris, auparavant destinés à recueillir les eaux de pluies. Fin XVIIIème, nouvelle tentative : on cherche à paver et voûter les égouts afin de les assainir. Alors qu’un cinquième des 25 km du réseau est couvert, des voix s’élèvent contre ce projet. On pense en effet que le plomb présent dans les égouts va imprégner les eaux usées et produire des vapeurs susceptibles de rendre malade les Parisiens.

     Vous l’aurez compris, les égouts sont très peu utilisés et se révèlent même contre-productifs lors de leurs fréquents débordements qui imprègnent les caves des habitants, beurk !

Le renouveau des égouts à partir du Second Empire

     À la suite des nombreuses épidémies de choléra qui frappent la capitale, le Second Empire profite des travaux d’Haussmann pour tenter de remettre un peu de propreté dans tout ça. Haussmann fait donc appel à Eugène Belgrand, qui prend en main le développement des égouts de Paris. Ainsi, le réseau des égouts passe de 160 km en 1855 à 500 km en 1878. Il les relie aux grands axes de la ville et les rend plus spacieux, les transformant presque en un lieu de villégiature (je plaisante bien sûr). A partir de 1852, les égouts recueillent non seulement les eaux de pluie mais également les eaux ménagères.

     Mais c’est après le Second Empire que naît notre « tout-à-l’égout » actuel. A l’époque, on définit le tout-à-l’égout comme l’envoi immédiat des eaux usées dans une autre eau, qui sert d’eau de lavage. Ce système est déjà très courant dans les grandes villes européennes : Rome, Bruxelles, Londres, Edimbourg… Toutes ces grandes villes possèdent ce système que Paris va leur emprunter. Pour être honnête, quelques bâtiments de la capitale comme les Invalides ou la Salpêtrière fonctionnent déjà avec ce système mais le but est de l’étendre à toute la ville dans un contexte où la pollution de la Seine ne cesse d’empirer.

     Notre tout-à-l’égout est finalement adopté au début du XXème siècle après une longue bataille, politique avec les propriétaires et économique avec les vidangeurs, auparavant chargés d’évacuer vos déchets.

Petite illustration : les égouts de Paris dans Les Misérables

     Vous le croirez ou non, les égouts furent une grande source d’inspiration pour les auteurs et les scénaristes. Une scène célèbre ayant pour décor les égouts de Paris (non rénovés) a été écrite par Victor Hugo dans son œuvre magistrale Les Misérables. Voici l’extrait en question :

 « Ce fut une campagne redoutable ; une bataille nocturne contre la peste et l’asphyxie. . . On avançait péniblement. Il n’était pas rare que les échelles de descente plongeassent dans trois pieds de vase. Les lanternes agonisaient dans les miasmes. De temps en temps on emportait un égoutier évanoui. A de certains endroits, précipice. Le sol s’était effondré, le dallage avait croulé, l’égout s’était changé en puits perdu ; on ne trouvait plus le solide ; un homme disparut brusquement ; on eut grand ‘peine à la retirer… La muraille, par places, était couverte de fongus difformes et l’on eut dit des tumeurs ; la pierre elle-même semblait malade dans ce milieu irrespirable. »

     Hugo recrée parfaitement l’état et l’atmosphère de ces égouts parisiens. Les murs s’écroulent, bloquant la circulation de l’eau qui devient stagnante. Cela favorise l’apparition de champignons aux murs et les imprègne, ce qui rend le travail des égoutiers (chargés de nettoyer les égouts) impossible à effectuer.

     Alors prêt(e) pour une petite visite des égouts de Paris ? Comme nous sommes sûrs que le sujet vous a passionné, nous vous avons concocté une petite vidéo sur Eugène Belgrand, le père des égouts de Paris !

Les Découvreurs, késako ?

Nous proposons des activités culturelles insolites pour découvrir les trésors patrimoniaux cachés de Paris et de la région Île-de-France :

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