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La fête parisienne la plus incroyable du XVIIème siècle

By 19/03/2018 Le Paris disparu

    Nous avons aujourd’hui le défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées. Aussi impressionnant soit-il, il n’égale pas la splendeur du Carrousel des Chevaliers de la gloire organisée en 1612 par Marie de Médicis. Découvrez ce qui a été la fête parisienne la plus opulente de tout le XVIIème siècle.

    Le 14 mai 1610, le roi Henri IV est assassiné en plein cœur de Paris. Louis XIII, âgé de 8 ans seulement, est alors trop jeune pour gouverner. La Régence est confiée à son épouse, Marie de Médicis. Les choses s’annoncent compliquées pour la reine. D’abord parce que la position même de Régente est fragile, du fait d’un manque de légitimité. Ensuite parce qu’elle est l’objet de railleries depuis son mariage avec Henri IV, conclu en partie pour des raisons financières. Le roi s’est en effet régulièrement endetté auprès de sa famille les années précédentes et l’énorme dot que lui rapporte le mariage, d’une valeur de 600 000 écus, lui permet de rembourser la totalité de sa créance auprès des Médicis. Cela lui vaut le joyeux surnom de « grosse banquière ». Enfin parce qu’elle est fermement catholique et que les seigneurs protestants la voient comme une menace pour la paix du royaume. Cette paix durement acquise à l’issue des guerres de religion qui ont ensanglanté la France pendant un demi-siècle.

    Afin d’affermir son pouvoir, la Régente met en place un important protocole à la cour de France, inspiré de la cour d’Espagne. Cela lui permet d’introduire une certaine distance entre elle et ses sujets et de gagner en autorité. Par ailleurs, pour se rapprocher de la cour d’Espagne et obtenir le soutien du roi Philippe III, elle négocie en secret un double mariage : celui de son fils Louis XIII avec l’infante Anne d’Autriche et celui de sa fille Elisabeth avec Philippe Prince des Asturies, tous deux enfants du roi d’Espagne. C’est pour célébrer ces unions que Marie de Médicis décide d’organiser une fête somptueuse dans Paris : le carrousel des Chevaliers de la gloire. Ce sera la fête la plus fastueuse de tout le XVIIème siècle.

Un tournoi au scénario chevaleresque

    La Régente confie la préparation du carrousel au baron de Bassompierre, un seigneur lorrain raffiné et plein d’entrain avec lequel elle s’entend bien. Pétri de littérature italienne et espagnole, connaisseur du latin et du grec, il s’inspire du Tableau de Cébès pour mettre en scène le tournoi. Il s’agit d’un texte écrit par le philosophe grec Cébès de Thèbes qui fait la description d’un tableau aux mille sens cachés. On ne sait pas si le tableau originel a réellement existé. Toujours est-il que ce texte a inspiré de nombreux peintres les siècles suivants et que le baron a été influencé par l’une de ces peintures. Que représente-t-elle ? Elle montre la déesse Félicité, fille d’Hercule, assise dans un palais où nul ne peut entrer, si ce n’est par la porte de la vertu. Le baron y voit aussitôt la possibilité d’une métaphore patriotique : Henri IV ne serait-il pas une sorte d’Hercule qui aurait laissé la Félicité en héritage à son royaume ?

    L’histoire imaginaire du tournoi est ainsi trouvée. Un château enchanté abritera en son sein la précieuse Félicité, offerte au royaume de France par le roi défunt. Seules des qualités comme la vertu, l’honneur ou la gloire pourront permettre aux chevaliers de l’atteindre. Les Chevaliers de la gloire, incarnés par les organisateurs (le baron et ses quatre collaborateurs) protégeront la forteresse des assaillants. Le tournoi se déroulera donc dans une atmosphère chevaleresque.

    Deux semaines avant le début du tournoi, des crieurs, accompagnés de leurs sonneurs de trompe, sillonnent le pays et affichent un peu partout le « Cartel de défi des tenants ». Par ce cartel, les « tenants », c’est-à-dire les Chevaliers de la gloire, mettent au défi tous les seigneurs du royaume de venir conquérir la Félicité. Les motivations sont de poids : au-delà du plaisir de participer à ces jeux, le vainqueur sera auréolé de gloire et (surtout) se verra remettre un superbe diamant par la princesse Elisabeth, fille de Marie de Médicis.

Les préparatifs ou comment mettre Paris en ébullition

    Le baron de Bassompierre et ses collaborateurs décident que le Carrousel se déroulera sur la Place royale, notre actuelle place des Vosges. Ce sera l’occasion de l’inaugurer – sa construction ayant commencé quelques années auparavant seulement – et sa vaste superficie permettra d’organiser un événement de grande ampleur.

    Les organisateurs s’entourent d’une multitude d’artisans pour préparer les festivités : des artistes, des architectes, des artificiers, des poètes… Le chantier est faramineux : il faut construire les bâtiments éphémères qui serviront de décor, dessiner le parcours de toutes les compagnies équestres, organiser les rencontres entre les participants du tournoi, dresser les échafauds sur lesquels le peuple et la bourgeoisie prendra place, définir la liste des invitations... La Régente, elle, se charge de commander au parc de l’Arsenal les cent canons et les boîtes bourrées d’explosifs qui feront trembler la capitale pendant la fête.

    Pendant les jours qui précèdent les festivités, Paris est en effervescence. Les seigneurs et les bourgeois, venus de tous les coins de France et de l’étranger, sont nombreux à répondre au cartel des tenants. Toutes sortes de langues et d’accents résonnent dans les rues. Les boutiques des artisans sont envahies par tous ceux qui veulent commander des vêtements d’or et d’argent. Les ruelles du Marais sont bondées. Les badauds profitent du spectacle, à l’extérieur de Paris, des compagnies qui installent des lices (les champs où se déroulent les joutes) éphémères pour s’entraîner à courir la bague et la quintaine. Les curieux tentent d’apercevoir, à travers les portes qui mènent à la Place royale, la construction du palais de la Félicité. La rumeur court qu’il s’agit de l’œuvre d’un magicien. Devant le palais du Louvre, des particuliers viennent en files ininterrompues solliciter des places sur les échafauds (les gradins de l’époque). Ceux qui possèdent des relations à la Cour tentent désespérément d’obtenir des invitations. Les fenêtres des pavillons qui bordent la place – qui ont tous été réquisitionnés sur ordre de la reine – sont, elles, attribuées à des spectateurs privilégiés.

Une scénographie époustouflante

    Le résultat est à la hauteur de l’ampleur des préparatifs. La vaste place carrée est délimitée par une barrière fixée au pied des trente-six pavillons et défendue par un cordon serré de 1000 mousquetaires et de 500 gardes suisses. Au-delà de la barrière se dressent 158 échafauds, superposés progressivement jusqu’aux galeries voûtées des pavillons. A l’ouest, face à la lice, se trouve le « théâtre » royal peint en bleu : c’est la loge réservée au roi et à ses proches. Elle est parée de riches tapisseries et communique par une galerie à la maison où elle est accolée. Non loin de là a été dressé le « théâtre » réservé à la reine Marguerite. Plus connue sous le nom de « reine Margot », c’est la première épouse d’Henri IV.

    Le Palais de la félicité, qui s’élève au milieu de la place, semble sorti d’un conte de fées. Il est composé de toiles peintes qui donnent l’illusion d’un mélange de briques et de pierres. Quatre tours rondes crénelées, surmontées de petites cloches et d’oriflammes blanches et rouges, flanquent le château aux quatre angles. Au centre s’élance une tour octogone au sommet de laquelle est accrochée une banderole blanche.

    Les artistes n’ont pas lésiné sur le décor du château. Une inscription en lettres d’or, « Hilaritati publicae », atteste que les festivités sont consacrées à la joie publique. Sur les flancs des tours sont peintes en couleurs vives les images allégoriques de la Félicité, de la Foi, de la Paix, de la Concorde, de la Fidélité, de la Concorde, du Conseil, de la Prévoyance et du Repos public. Vaste programme !

Les réjouissances. Acte 1 : l’entrée du public, un spectacle en soi

    La veille du premier jour des festivités, une foule impressionnante se presse dans les rues qui donnent sur la Place royale. Chacun est déterminé à coucher dehors pour être sûr d’avoir une place. Le matin du 5 avril 1612, c’est une foule surexcitée qui s’engouffre sur la place et se rue sur les gradins. Les échafauds réservés au peuple sont remplis en un rien de temps. En attendant que les autres tribunes se remplissent, le peuple contemple, ébahi, le Palais de la Félicité.

    Vers onze heures, bourgeois et membres de la noblesse prennent place sur leurs échafauds. Ce sont ensuite les gens de la Cour, magnifiquement vêtus, qui apparaissent un à un aux fenêtres des pavillons. Près de 80 000 spectateurs entourent alors la place. Certains s’accrochent même aux lucarnes des combles, sur le faîte des toitures ou sur les cheminées. Des coups de canon marquent l’arrivée tant attendue des spectateurs les plus illustres. La reine Marguerite apparaît, toute grassouillette, sur son théâtre. La Régente accompagnée de ses enfants, Louis XIII et les princesses Christine et Elisabeth, apparaissent sur le théâtre royal. La foule, enfin satisfaite après des heures d’attente, les accueille avec joie aux cris de « Vive le roi ! Vive la reine ! ».

Les réjouissances. Acte 2 : un défilé digne d’un péplum

    Les spectateurs installés, les festivités peuvent enfin commencer. Le Carrousel débute par un défilé grandiose inauguré par le Cartel des tenants. Sur une salve des mousquetaires, cinq cent figurants, vêtus d’une livrée en satin rouge et or, pénètrent sur la place. Ces archers, trompettistes, joueurs de cornemuses, pages et écuyers sont accompagnés de deux cents chevaux. Trois chars impressionnants se mêlent au cortège. L’un d’entre eux est tiré par six lions dont le cocher représente la Terreur sous la forme d’un guerrier à tête de dragon. Les cinq Chevaliers de la gloire sortent alors avec grand fracas du Palais de la Félicité dont ils sont les gardiens. Leurs habits de satin rouge aux broderies d’or et d’argent, assortis à leur monture, provoquent un murmure d’admiration parmi la foule.

    Après une nouvelle salve des mousquetaires, ce sont désormais les assaillants qui pénètrent tour à tour dans la place pour demander l’entrée de la lice aux juges du tournoi et au roi. Les compagnies vont ainsi se succéder et rivaliser de fastes et d’imagination pour impressionner la foule et la famille royale. Les Chevaliers du soleil, le Persée français, les Chevaliers de la fidélité, les Quatre Vents, les Nymphes de Diane,… Les spectateurs vont passer pendant plusieurs heures d’émerveillement en émerveillement. Chaque compagnie fait défiler un cortège composé de figurants, de chevaux, des chars et de machines. Les chevaliers qui vont participer au tournoi concluent en beauté chaque cortège. Habillés de manière outrancièrement luxueuse, certains croulant sous une profusion de perles et de pierres précieuses, ils font l’effet de divinités vivantes.

    Les chars et les machines déploient des trésors d’imagination pour recréer de véritables univers. Parmi les chars les plus impressionnants, on trouve une machine de la compagnie Le Persée français en forme de roche gigantesque qui flotte sur une mer argentée peuplée de vipères, crapauds et écrevisses. Sur la roche se trouve un monstre marin couvert d’écailles qui, le flanc percé d’un dard, agite ses nageoires et répand son sang noir sur la lice. Le char de la compagnie des Quatre Vents exhibe un navire doré et argenté qui flotte sur une mer bleue en toile d’argent où jouent des tritons. La machine de l’équipage des Nymphes de Diane, tirée par huit cerfs, est celle qui fait le plus sensation. On aperçoit le Mont Ménale couvert d’arbres peuplés d’oiseaux et ruisselant de sources fraîches. Le dieu Pan, debout devant une grotte pleine de mousse, joue de la flûte d’un air bucolique.

    Une fois que toutes les compagnies ont pénétré sur la lice, ce sont plus de deux milles hommes et mille chevaux qui font face aux spectateurs. Ce fourmillement d’or, d’argent, de pierreries et de couleurs sera un des plus beaux spectacles du XVIIème siècle en France.

Les réjouissances. Acte 3 : un tournoi comme on n’en fait plus

    Des valets se dépêchent de dresser la quintaine après le défilé. Ce jeu d’adresse, qui date du Moyen Âge, permettait aux chevaliers de s’entraîner pour les joutes. La règle du jeu est simple : le chevalier doit percuter avec sa lance le bouclier d’un mannequin de bois ou de paille (un faquin) qui surmonte un mât fixe ou rotatif.

    Tenants et assaillants s’affrontent donc en pourfendant tour à tour le faquin. Les courses, exécutées au galop, tiennent en haleine la foule. Le matin du troisième jour, les Chevaliers de la gloire sont toujours maîtres du palais de la Félicité. Pour les départager, on dresse la course à la bague. Un anneau est suspendu à un poteau à l’extrémité de la lice et les participants doivent le décrocher d’un coup de lance après une course au galop.

    Après l’élimination de tous les Chevaliers de la gloire, c’est finalement le marquis de Rouillac, de la compagnie des Chevaliers du soleil, qui est déclaré vainqueur du tournoi avec trois « dedans ». Ce preux chevalier a réussi à décrocher trois fois l’anneau ! C’est sous les sonneries des trompettes et les cris de la foule en délire qu’il reçoit, des mains de la princesse Elisabeth, une bague enrichie d’un gros diamant. Après plusieurs jours d’émerveillements et de frissons, la fête est terminée.

    Le Carrousel des Chevaliers de la gloire de 1612 marquera durablement la mémoire collective. Encore aujourd’hui, il reste le grand événement associé à la Place royale devenue depuis 1800 la Place des Vosges. Il inspirera 50 ans plus tard Louis XIV pour son Carrousel dans la cour des Tuileries mais on dit qu’il ne parviendra pas à le détrôner…

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