La Bièvre, une des rivières d’Ile-de-France, a aujourd’hui disparu de Paris. Pendant des siècles, La Bièvre a suscité engouement et polémiques ce qui lui a permis de maintenir tout de même une présence dans la capitale, à sa façon…

Une rivière à Paris

Castor La Bièvre, rivière disparue de Paris

     Le nom de La Bièvre viendrait des castors qui vivaient dans la rivière, castor se traduisant par biber en celte. Plus probablement, le nom trouverait son origine dans la couleur boueuse de la rivière, couleur qui pourrait être rappelée par la fourrure brune de ces animaux. L’hypothèse des castors reste cependant la plus connue grâce aux blasons de certaines villes traversées par la rivière, comme Guyancourt ou Bièvre, sur lesquels est dessiné cet animal.

     Longue de 36 km, la rivière de La Bièvre prend sa source au hameau des Bouviers, près de Guyancourt (Yvelines) et était au 17ème siècle le seul affluent (cours d’eau qui rejoint un autre cours d’eau, souvent plus important) parisien de la Seine. Elle est elle-même alimentée tout au long de son parcours par de nombreux affluents qui se trouvent sur ses deux rives.

     Après avoir traversé 5 départements (Yvelines, Essonne, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Paris) ainsi que d’innombrables villes, elle finit par rejoindre la Seine. La Bièvre est une rivière particulière car elle est à ciel ouvert en amont (la partie de la rivière visible lorsque que l’on s’oriente vers sa source) et couverte sur 11 km en aval (la rivière dans le sens de son courant). La Bièvre traverse Paris sur 5 km mais n’est plus visible aujourd’hui : elle est enterrée sous le bitume de la capitale.

L'ancien trajet de la Bièvre - La Bièvre, rivière disparue de Paris

     Originellement, elle traversait les faubourgs Saint-Marcel (13ème et 5ème arrondissements) et Saint-Victor (5ème arrondissement), longeait la manufacture des Gobelins et le jardin des Plantes avant de rejoindre la Seine non loin de l’emplacement de la gare d’Austerlitz. Au Moyen-Age, on divise la rivière en deux bras afin d’augmenter son débit, ce qui permet un meilleur fonctionnement des moulins qui la bordent. La partie originelle de la rivière est nommée « Bièvre morte » tandis que le nouveau bras est désigné par le nom « Bièvre vive ».

Une rivière emblématique de l’industrie de Paris

La Bièvre, un égout à ciel ouvert - La Bièvre, rivière disparue de Paris

      Si La Bièvre demeure dans les mémoires, c’est surtout en raison de sa forte activité industrielle. Après avoir servi de réservoir d’eau pour les jardins ecclésiastiques et avoir été utilisée par des moulins depuis le Moyen-Age, de nouvelles activités s’y développent. Jusqu’en 1789, la rivière est dédiée aux activités artisanales qui profitent de la faible largeur de la rivière (4 mètre). Cette faible largeur empêche toute navigation et fait de la rivière un terrain parfait pour les artisans. On sacrifie donc la pureté des eaux de la Bièvre pendant que l’on développe la navigation fluviale sur la Seine (qui a d’ailleurs pendant longtemps transporté le vin).

      C’est cependant au 17ème siècle que la rivière acquière la majorité de sa population. En effet, la ville de Paris décide de chasser ses tanneurs et teinturiers en 1673 afin d’embellir et d’assainir Paris. La Bièvre devient alors la « petite rivière de Bièvre ou des Gobelins » car la manufacture royale des Gobelins se développe énormément à cette époque grâce à un nouveau procédé de teinture à base de cochenille (un insecte) et y rejette énormément de déchets. La teinture rouge des Gobelin connaît un tel succès que l’on finit par prêter des propriétés magiques aux eaux de la rivière !

La Bièvre à Paris - La Bièvre, rivière disparue de Paris

     En 1732, l’usage industriel de La Bièvre est acté par un arrêt qui déclare que la rivière est désormais réservée… à l’usage artisanal industriel, c’est-à-dire aux activités qui y sont déjà implantées. Trois syndicats interprofessionnels sont chargés de gérer la rivière : ceux des tanneurs, des teinturiers et des mégissiers (les tanneurs des peaux de vache). C’est également à ce moment que l’idée de préserver la Bièvre apparaît : ils n’ont plus le droit d’y jeter leurs déchets solides et les déchets liquides ne peuvent être rejetés dans la rivière que le soir.

      Après la Révolution, la Bièvre se retrouve au cœur d’un conflit entre les industriels et l’Etat. Deux problèmes se posent : d’abord, l’accroissement de la pollution et des déchets dans la rivière en raison de l’incapacité des syndicats à financer les frais d’entretiens liés à l’activité industrielle. Le problème est tel que même la Seine est mise en danger et que l’air de Paris commence à empester. Le second problème est lié aux conflits d’intérêts entre les différents propriétaires et le manque de contrôle de l’Etat sur les 30 000 employés de ces industriels.

     Quand les propriétaires des terrains qui longent la Bièvre refusent une nouvelle fois de financer les frais d’entretien de la rivière, qu’ils estiment revenir à la commune de Paris, l’Etat décide d’intervenir. Le ministre de la Justice tranche en faveur de la commune et déclare que la Bièvre n’est plus une propriété publique puisqu’elle est exploitée par quelques propriétaires, qui sont les seuls à en tirer profit.

     Au cours du 19ème siècle, La Bièvre continue ses activités industrielles et les diversifie. En plus des teintureries, tanneries et blanchisseries s’installent progressivement des entrepôts, des ateliers et des usines qui renforcent la pollution de la rivière en y rejetant eux aussi leurs déchets.

Fin et renaissance de La Bièvre

Médaille de bronze indiquant un ancien emplacement de la Bièvre - La Bièvre, rivière disparue de Paris

     A force de recueillir les déchets de ces activités industrielles, l’eau de La Bièvre devient extrêmement toxique et met en danger la santé des Parisiens, qui entrent en contact avec l’eau lors des fortes crues de la rivière. A partir de 1844, la décision est prise de recouvrir cet égout à ciel ouvert. Ces travaux sont intégrés dans les projets d’assainissement d’Haussmann et d’Eugène Belgrand (le fondateur des égouts de la capitale) et vont s’étaler sur une cinquantaine d’années. La Bièvre est progressivement recouverte d’une chappe de béton au gré des oppositions au projet et de la vitesse des expropriations.

     L’année 1912 marque la fin de La Bièvre à ciel ouvert à Paris mais aussi dans sa banlieue, par exemple à Massy. La rivière est désormais entièrement intégrée au réseau des égouts parisiens où elle est redirigée vers des stations d’épuration afin d’y être traitée. Aux anciens emplacements de la rivière se construisent des immeubles, qui profitent de l’espace créé par sa disparition.

     Aujourd’hui, quelques plaques de bronze éparpillées dans la capitale rappellent que Paris a eu jadis deux rivières. Mais l’histoire de la Bièvre à Paris ne s’arrête pas là et elle est toujours très présente dans la mémoire collective des Parisiens. Dans les années 2000 émerge l’idée de faire revivre la Bièvre aux endroits où elle est le moins profondément enfouie : au parc Kellerman dans le 13ème arrondissement, autour du square René-Le Gall (13ème), à la manufacture des Gobelins (13e) et le long du Muséum d’Histoire naturelle (5ème). Le projet est cependant mis en suspens en raison des coûts qu’il implique (aujourd’hui estimés à 50 millions d’euros).

Le nouveau projet de la Bièvre à Paris - La Bièvre, rivière disparue de Paris

     En 2020, La Bièvre devient un enjeu électoral et se trouve au cœur du parti écologiste parisien. Ce parti propose de reprendre le projet abandonné et de remettre à jour la rivière aux mêmes points précédemment déterminés, à l’exception de celui de la manufacture des Gobelins. Les écologistes appuient leur proposition sur une étude menée par l’Atelier parisien de l’urbanisme (l’APUR) en 2001 qui constatait déjà à l’époque une baisse de la pollution de La Bièvre et un meilleur contrôle exercé sur la rivière.

     Le but du projet est d’introduire des îlots verts dans la capitale et de la fraîcheur afin de faire baisser les températures, tout en préservant une certaine biodiversité. Pour cela, les travaux prévoient de découvrir la Bièvre et de créer des coulées vertes, des espaces végétalisés et sans bitume, aux endroits où la rivière ne pourra pas faire surface (lorsqu’elle passe sous des immeubles par exemple).

     Si la mairie de Paris décide de poursuivre son programme écologiste, les Parisiens pourront prochainement se promener le long de la deuxième rivière historique de Paris !

Les Découvreurs, késako ?

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